Bien que les débats sur des sujets sociétaux comme l’immigration ou l’avortement aient pris une ampleur considérable dans la campagne présidentielle américaine, l’économie reste le thème central qui déterminera l’issue du scrutin. Malgré des résultats économiques encourageants pour l’administration démocrate, Donald Trump semble jouir d’une crédibilité supérieure sur ce terrain, en grande partie à cause de l’inflation. De son côté, Kamala Harris mise sur un revirement stratégique pour séduire les électeurs.
L’économie, la priorité des électeurs
Comme l’illustre la célèbre phrase de la campagne de Bill Clinton en 1992 – « It’s the economy, stupid! » – l’économie a toujours été un facteur décisif dans les élections américaines. En 2024, ce constat reste plus vrai que jamais. Selon un sondage du Pew Research Center, 81 % des Américains considèrent l’économie comme leur principale préoccupation, devant la santé et la nomination de juges à la Cour suprême. Jean-Baptiste Velut, politologue à l’université Sorbonne Nouvelle, souligne que même si les républicains tentent d’orienter les débats vers des sujets idéologiques, l’économie reste au cœur des préoccupations, surtout pour les électeurs indécis.
Résultats économiques solides, perception en décalage
Sur le plan économique, les indicateurs sont plutôt positifs pour l’administration Biden. En 2023, la croissance américaine a atteint 2,5 %, tirée par la consommation des ménages et la dépense publique, après une progression de 1,9 % l’année précédente. Le taux de chômage, tombé à son plus bas niveau depuis 50 ans, illustre également la bonne santé du marché de l’emploi. Ces résultats sont en partie attribués aux mesures d’urgence prises pendant la pandémie et aux plans de relance, comme l’Inflation Reduction Act.
Cependant, cette réalité économique favorable ne se traduit pas en termes de perception populaire. L’inflation, particulièrement visible dans le prix des denrées alimentaires (+25 % depuis la pandémie), a profondément affecté les foyers. « Les citoyens se soucient peu des indicateurs macroéconomiques, mais ils ressentent directement la hausse des prix dans leur quotidien », explique Jean-Baptiste Velut.
L’accès au logement : une autre source de frustration
L’accès au logement est également devenu un problème majeur. Depuis la pandémie, les prix de l’immobilier ont explosé en raison d’une faible offre, et les taux d’intérêt élevés, causés par la politique monétaire de la Réserve fédérale, aggravent la situation. « Un ménage qui payait 1 000 dollars par mois pour rembourser son prêt avant la pandémie doit désormais débourser le double », souligne Florence Pisani, économiste chez Candriam. Bien que l’administration Biden ne soit pas directement responsable de cette situation, la frustration des électeurs se répercute sur sa popularité.
La stratégie de Donald Trump
Profitant de la méfiance vis-à-vis de l’administration en place, Donald Trump s’appuie sur son image d’homme d’affaires et sur la croissance favorable observée avant la pandémie. « J’ai construit l’une des plus grandes économies du monde, et je vais la reconstruire à nouveau », a-t-il affirmé lors du débat télévisé du 10 septembre. Selon Gilles Moëc, économiste chez AXA, Trump tire parti d’un sentiment de déclin américain en dépit de la solidité des indicateurs économiques.
Kamala Harris face à un défi stratégique
Kamala Harris, quant à elle, doit jongler entre deux impératifs : défendre le bilan économique de Biden tout en se distançant des aspects impopulaires de sa présidence. Son rôle relativement discret au cours du mandat pourrait toutefois jouer en sa faveur, en lui permettant de se positionner comme une alternative fraîche. En août dernier, elle a dévoilé un programme économique axé sur le pouvoir d’achat et le coût de la vie, une tentative de répondre aux attentes des électeurs. La question reste cependant ouverte : parviendra-t-elle à transformer les « Bidenomics » en « Kamalanomics » et à convaincre les Américains avant le jour du scrutin ?
Avec une élection où l’économie occupe le devant de la scène, les candidats devront naviguer avec prudence entre les indicateurs économiques et la perception populaire. Entre promesses de redressement économique et mécontentement lié à l’inflation, la course à la Maison-Blanche se jouera dans les urnes avec, en toile de fond, une bataille pour reconquérir la confiance des électeurs.