Imaginez enfermer dix experts de la voiture électrique dans une salle et leur demander de rédiger un rapport sur l’avenir du secteur. Revenez une semaine plus tard et lisez leurs conclusions. Ils ne seront probablement d’accord sur rien, sauf sur un point : la voiture électrique, pierre angulaire de la transition écologique, va déclencher une véritable guerre économique mondiale dans les années à venir, rivalisant avec l’ampleur de celle de l’Intelligence Artificielle. Voici pourquoi.
Un Début Prometteur
L’histoire semblait bien commencée. Après une première période de gloire au début du XXe siècle, le véhicule électrique a été repositionné comme solution phare contre les émissions polluantes et comme pilier de la transition écologique. Elon Musk, avec Tesla, a redéfini les standards de production et de commercialisation des véhicules électriques dès 2012, transformant le marché. En Chine, plus de 100 constructeurs d’automobiles électriques ont émergé en une décennie, profitant de l’absence de barrières à l’entrée du marché thermique. En Europe, la pression s’est intensifiée avec l’annonce de l’abandon des moteurs thermiques pour les véhicules neufs d’ici 2035, mettant les constructeurs européens, notamment allemands, sous une forte pression.
Une Guerre des Prix Dévastatrice
L’année 2023 marque un tournant. Pour la première fois, le véhicule le plus vendu au monde est électrique : Tesla a écoulé près de 1,23 million d’unités de son Modèle Y, surpassant le Rav4 de Toyota. Toutefois, ce succès commercial a un coût. Pour contrer les véhicules chinois 30 à 40% moins chers, Tesla a procédé à plusieurs baisses de prix agressives en 2023. Ces réductions de prix ont déprécié la valeur des flottes d’entreprises et des sociétés de leasing, mécontentant les acheteurs. D’autres constructeurs, comme Ford, ont également dû baisser leurs prix, parfois de manière insoutenable. En Europe, les sous-traitants du secteur automobile subissent une pression croissante : pour 100 ouvriers impliqués dans la fabrication d’un moteur traditionnel, seulement 10 sont nécessaires pour un moteur électrique. L’écosystème automobile doit donc se restructurer massivement pour survivre.
La Double Inconnue Chinoise
En Chine, la situation est complexe. Avec un marché immense, la Chine compte plus d’une centaine de constructeurs de voitures électriques, dont certains opérant uniquement à l’échelle régionale. Parmi eux, Xiaomi se distingue par son avance technologique et sa rapidité de mise sur le marché. Cependant, cette multitude de petits constructeurs peine à atteindre une taille critique, et aucun mouvement de consolidation n’est en vue. De plus, les États-Unis ont imposé une hausse des droits de douane à 100% sur les véhicules chinois, accusant ces derniers de bénéficier de subventions étatiques massives. Pékin pourrait réagir en freinant les importations de produits américains, exacerbant ainsi la guerre commerciale.
Une Crise Existentiale Imminente ?
Cette guerre des prix pourrait bientôt provoquer une crise dans le secteur automobile, entraînant des conséquences sur l’emploi et l’énergie, et à terme, une crise existentielle. Tous les secteurs connexes, de l’énergie verte aux bornes de recharge en passant par les batteries et les terres rares, pourraient être impactés. L’irrésistible progression de l’Intelligence Artificielle, qui accélère l’avènement de la conduite autonome et l’augmentation de la productivité dans les usines, pourrait bouleverser la notion même de travail dans ce secteur. D’ici 2035, des centaines de milliers d’employés devront être reconvertis. La question demeure : sommes-nous prêts à faire face à cette nouvelle donne ?
La prochaine guerre économique mondiale se prépare sur le terrain de la voiture électrique, avec des répercussions potentielles bien au-delà du secteur automobile. Entre innovation, compétition et restructuration, l’avenir s’annonce tumultueux. Les entreprises, les gouvernements et les travailleurs devront naviguer avec prudence et anticipation pour éviter d’être submergés par cette vague.